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| Le voyage d'Arcueil |
"Le folatrissime voyage d'Arcueil"
... Chacun ait la main armée
De ramée!
Chacun d'une gaie voix
Assourdisse les campagnes,
Les montagnes,
Les eaux, les prés et les bois!
Jà la cuisine allumée
Sa fumée
Fait tressauter jusqu'aux cieux,
Et jà les tables dressées
Sont pressées
De repas délicieux.
Cela vraiment nous invite
D'aller vite,
Pour apaiser un petit
La furie véhémente
Qui tourmente.
Notre aboyant appétit...
Qu'on prodigue, qu'on répande
La viande
D'une libérale main,
Et les vins dont l'ancienne
Memphienne
Festia le mol Romain!
Douce rosée divine
Angevine,
Bacchus sauve ta liqueur!
L'amitié que je te porte
Est tant forte,
Que je l'ai toujours au coeur.
Je veux que la tasse pleine
Se promène
Tout autour, de poing en poing,
Et veux qu'au fond d'elle on plonge
Ce qui ronge
Nos cerveaux d'épineux soin.
Ores, amis! qu'on n'oublie
De l'amie
Le nom, qui vos coeurs lia;
Qu'on vide autant cette coupe,
Chère troupe,
Que de lettres il y a.
Neuf fois au nom de Cassandre
Je vais prendre
Neuf fois du vin au flacon,
Afin de neuf fois le boire
En mémoire
Des neuf lettres de son nom.
Iô! qu'on boive, qu'on chante,
Qu'on enchante
La dent des soucis félons!
La vieillesse larronnesse
Jà nous presse
Le derrière des talons.
Iô! garçon, verse encore!
Que j'honore
D'un sacrifice joyeux
Ceste belle onde verrée
Consacrée
Au plus gai de tous les Dieux...
Evan! ta force divine
Ne domine
Les hommes tant seulement,
Elle étreint de toutes bêtes
Toutes têtes
D'un effort également.
Voyez-vous cette grenouille
Qui gazouille
Ivre sur le haut de l'eau,
Tant l'odeur d'une bouteille,
Grand'merveille;
Lui enchante le cerveau!
Comme elle du vin surprise
Est assise
Sur nos flacons entr'ouverts!
Comme sur l'un et sur l'autre
Elle vautre
Son corps flottant à l'envers!
Mais tandis que cette bête
Nous arrête,
D'autre côté n'oyez-vous
De Dorat la voix sucrée
Qui récrée
Tout le ciel d'un chant si doux?
Iô, Iô! qu'on s'avance!
Il commence
Encore à former ses chants,
Célébrant en voix Romaine
La fontaine
Et tous les Dieux de ces champs.
Prêtons donc à ses merveilles
Nos oreilles;
L'enthousiasme Limousin
Ne lui permet rien de dire
Sur sa lyre
Qui ne soit divin, divin.
Iô! Iô! quel doux style
Se distille
Parmi ses nombres divers!
Nul miel tant ne me recrée,
Que m'agrée
Le doux nectar de ses vers.
Quand je l'entends, il me semble
Que l'on m'emble
Mon esprit ravi soudain,
Et que loin du peuple j'erre
Sous la terre
Avec l'âme du Thébain
Avecque l'âme d'Horace;
Telle grâce
Se distille de son miel,
Et de sa voix Limousine
Vraiment digne
D'être Sirène du ciel.
Ha Vesper! brunette étoile,
Qui d'un voile
Par tout embrunis les cieux,
Las! en ma faveur encore
Ne décore
L'arche du ciel de tes yeux.
Tarde un peu, notre courrière,
Ta lumière,
Pour ouïr plus longuement
La douceur de sa parole,
Qui m'affole
D'un si gai chatouillement.
Quoi, des Astres la compaigne!
Tu dédaigne
Ma prière, et sans séjour
Devant l'heure tu flamboies
Et envoies
Sous les ondes notre jour.
Va, va, jalouse, chemine!
Tu n'es digne,
Ni tes étoiles, d'ouïr
Une chanson si parfaite,
Qui n'est faite
Que pour les Dieux éjouïr.
Donque, puisque la nuit sombre
Pleine d'ombre
Vient les montagnes saisir,
Retournons, troupe gentille,
Dans la ville
Demi-saoulés de plaisir.
Jamais l'homme, tant qu'il meure,
Ne demeure
Bienheureux parfaitement:
Toujours avec la liesse
La tristesse
Se mêle secrètement.
Date de création : 06/06/2004 @ 14:14
Dernière modification : 06/06/2004 @ 14:18
Catégorie : Odes de jeunesse
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