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L'alouette




        Hé Dieu! que je porte d'envie

        Aux félicités de ta vie,

        Alouette, qui de l'amour

        Caquettes dès le point du jour,

        Secouant la douce rosée

        En l'air, dont tu es arrosée.

        Devant que Phoebus soit levé

        Tu enlèves ton corps lavé

        Pour l'essuyer près de la nue,

        Trémoussant d'une aile menue

        Et te sourdant à petits bonds,

        Tu dis en l'air de si doux sons

        Composés de ta tirelire,

        Qu'il n'est amant qui ne désire

        Comme toi devenir oiseau

        Pour dégoiser un chant si beau;

        Puis, quand tu t'es bien élevée,

        Tu tombes comme une fusée

        Qu'une jeune pucelle au soir

        De sa quenouille laisse choir,

        Quand au foyer elle sommeille,

        Frappant son sein de son oreille...

        Tu vis sans offenser personne;

        Ton bec innocent ne moissonne

        Le froment, comme ces oiseaux

        Qui font aux hommes mille maux,

        Soit que le blé rongent en herbe,

        Ou bien qu'ils l'égrènent en gerbe;

        Mais tu vis par les sillons verts

        De petits fourmis et de vers;

        Ou d'une mouche, ou d'une achée

        Tu portes aux tiens la bechée,

        Ou d'une chenille qui sort

        Des feuilles, quand l'Hiver est mort...

        Ainsi jamais la main pillarde

        D'une pastourelle mignarde

        Parmi les sillons épiant

        Votre nouveau nid pépiant,

        Quand vous chantez, ne le dérobe

        Ou dans son sein, ou dans sa robe.

        Vivez, oiseaux, et vous haussez

        Toujours en l'air, et annoncez

        De votre chant et de votre aile

        Que le Printemps se renouvelle.




Date de création : 06/06/2004 @ 14:59
Dernière modification : 06/06/2004 @ 14:59
Catégorie : La nature

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