|




 | |
 | | Webmaster | | |
Webmaster : Jean-Claude Castagna
E-mail : jcc@a3pr.net
Ce site est compatible avec les navigateurs de version 4 minimum.
|  | |  |


|
|
| Bergerie |
Les chênes ombrageux, que sans art la Nature
Par les hautes forêts nourrit à l'aventure,
Sont plus doux aux troupeaux et plus frais aux Bergers
Que les arbres entés d'artifice ès vergers;
Des libres oiselets plus doux est le ramage
Que n'est le chant contraint du Rossignol en cage,
Et la source d'une eau sautante d'un rocher
Est plus douce au passant pour la soif étancher,
Quand sans art elle coule en sa rive rustique,
Que n'est une fontaine en marbre magnifique
Par contrainte sortant d'un grand tuyau doré
Au milieu de la cour d'un Palais honoré.
Plus belle est une Nymphe en sa cotte agrafée,
Aux coudes demi-nus, qu'une Dame coiffée
D'artifice soigneux, toute peinte de fard;
Car toujours la nature est meilleure que l'art.
Pour ce je me promets que le chant solitaire
Des sauvages Pasteurs doit davantage plaire
(D'autant qu'il est naïf, sans art et sans façon)
Qu'une plus curieuse et superbe chanson
De ces maîtres enflés d'une Muse hardie,
Qui font trembler le ciel sous une tragédie,
Et d'un vers ampoulé, d'une effroyable voix
Racontent le malheur des Princes et des Rois.
Ecoutez donc ici les musettes sacrées
De ces Bergers, Seigneurs, de diverses contrées,
Qui font diversement tout ainsi qu'il leur plaît
D'amoureuses chansons sonner cette forêt...
Le cerf apprivoisé
Puisque le lieu, le temps, la saison et l'envie
Qui s'échauffent d'amour, à chanter nous convie,
Chantons doncque, Bergers, et en mille façons
A ces grandes forêts apprenons nos chansons.
Ici de cent couleurs s'émaille la prairie,
Ici la tendre vigne aux ormeaux se marie,
Ici l'ombrage frais va ses feuilles mouvant
Errantes ça et là sous l'haleine du vent...
Sus doncques, dans cet antre ou dessous cet ombrage
Disons une chanson! Quant à ma part, je gage
Pour le prix de celui qui chantera le mieux
Un cerf apprivoisé qui me suit en tous lieux.
Je le dérobai jeune au fond d'une vallée
A sa mère au dos peint d'une peau martelée,
Et le nourris si bien que, souvent le grattant,
Le chatouillant, touchant, le peignant et flattant,
Tantôt auprès d'une eau, tantôt sur la verdure,
En douce je tournai sa sauvage nature.
Je l'ai toujours gardé pour ma belle Toinon,
Laquelle en ma faveur l'appelle de mon nom;
Tantôt elle le baise, et de fleurs odoreuses
Environne son front et ses cornes rameuses,
Et tantôt son beau col elle vient enfermer
D'un carcan enrichi de coquilles de mer,
Où pend une grand dent de sanglier qui ressemble
En rondeur le Croissant qui se rejoint ensemble.
Il va seul et pensif où son pied le conduit;
Maintenant des forêts les ombrages il suit,
Maintenant il se mire aux bords d'une fontaine,
Ou s'endort sous le pied d'une roche hautaine;
Puis il retourne au soir, et gaillard prend du pain
Tantôt dessus la table, et tantôt en ma main,
Saute à l'entour de moi et de sa corne essaye
De cosser brusquement mon mâtin, qui l'abaye,
Fait bruire son clairon, puis il se va coucher
Au giron de Toinon qui l'estime si cher.
Il souffre que sa main le chevestre lui mette
Plein de houpes de soie, et si douce le traite
Que sur son dos privé le bât elle lui met.
Elle monte dessus, et sans crainte le fait
Marcher entre les fleurs, le tenant à la corne
D'une main, et de l'autre en cent façons elle orne
Sa croupe de bouquets et de petits rameaux,
Puis le conduit le soir à la fraîcheur des eaux
Et de sa blanche main seule lui donne à boire...
Le bouc
Je gage mon grand bouc, qui par mont et par plaine
Conduit seul un troupeau comme un grand capitaine;
Il est fort et hardi, corpulent et puissant,
Brusque, prompt, éveillé, sautant et bondissant,
Qui gratte en se jouant de l'ergot de derrière,
Regardant les passants, sa barbe mentonnière;
Il a le front sévère et le pas mesuré,
La contenance fière et l'oeil bien assuré;
Il ne doute les loups tant soient-ils redoutables,
Ni les mâtins armés de colliers effroyables,
Mais planté sur le haut d'un rocher épineux
Les regarde passer, et si se moque d'eux.
Son front est remparé de quatre grandes cornes;
Les deux proches des yeux sont droites comme bornes
Qu'un père de famille élève sur le bord
De son champ qui était naguères en discord;
Les deux autres, qui sont prochaines des oreilles,
En douze ou quinze plis se courbent à merveilles
Comme ondes de la mer, et en tournant se vont
Cacher dessus le poil qui lui pend sur le front.
Dès la pointe du jour ce grand bouc ne sommeille,
N'attend que le pasteur tout le troupeau réveille,
Mais il fait un grand bruit dedans l'étable, et puis,
En poussant le crouillet de sa corne, ouvre l'huis,
Et guide les chevreaux qu'à grands pas il devance
Comme de la longueur d'une moyenne lance,
Puis les ramène au soir à pas comptés et longs,
Faisant sous ses ergots poudroyer les sablons...
Le gobelet
J'ai dans ma gibecière un vaisseau fait au tour
De racine de buis, dont les anses d'autour
Par artifice grand de même bois sont faites,
Où maintes choses sont diversement portraites.
Presque tout au milieu du gobelet est peint
Un Satyre cornu, qui de ses bras étreint
Tout au travers du corps une jeune bergère
Et la veut faire choir dessous une fougère.
Son couvre-chef lui tombe, et a de toutes parts
A l'abandon du vent ses beaux cheveux épars,
Dont elle courroucée, ardente en son courage,
Tourne loin du Satyre arrière le visage,
Essayant d'échapper, et de la dextre main
Lui arrache le poil du menton et du sein,
Et lui froisse le nez de l'autre main senestre,
Mais en vain, car toujours le Satyre est le maître.
Trois petits enfants nus de jambes et de bras
Taillés au naturel, tous potelés et gras,
Sont gravés à l'entour; l'un par vive entreprise
Veut faire abandonner au Satyre sa prise,
Et d'une infante main par deux et par trois fois
Prend celle du Bouquin, et lui ouvre les doigts.
L'autre, plus courroucé, d'une dent bien aiguë
Mord ce Dieu ravisseur par la cuisse pelue,
Se tient contre sa grève, et le pince si fort
Que le sang épandu sur l'ongle lui en sort,
Et fait signe du doigt à l'autre enfant qu'il vienne,
Et que par l'autre jambe à belles dents le tienne;
Mais cet autre garçon pour néant supplié
Se tire à dos courbé une épine du pied,
Assis sur un gazon de verte pimprenelle,
Sans se donner souci de l'autre qui l'appelle.
Une génisse auprès lui pend sur le talon,
Qui regarde tirer le poignant aiguillon
De l'épine cachée au fond de la chair vive,
Et tellement elle est à ce fait ententive
Que béante elle oublie à boire et à manger;
Tant elle prend plaisir à ce petit berger,
Qui tirant à la fin la pointe de l'épine,
De douleur se renverse et tombe sur l'échine.
Un houbelon rampant à bras long et retors
De ce creux gobelet passemente les bords
Et court en se pliant à l'entour de l'ouvrage...
Le merle
Je mettrai pour celui qui gagnera le prix,
Un Merle qu'à la glu en nos forêts je pris;
Puis vous dirai comment il fut serf de ma cage
Et comme il oublia son naturel ramage.
Un jour en l'écoutant siffler dedans ce bois
Je reçus grand plaisir du jargon de sa voix,
Et de sa robe noire, et de son bec qui semble
Etre peint de safran, tant jaune il lui ressemble;
Et pour ce j'épiai l'endroit où il buvait,
Quand au plus chaud du jour ses plumes il lavait.
Or' en semant le bord de vergettes gluées,
Où les premières eaux du vent sont remuées,
Je me cachai sous l'herbe au pied d'un arbrisseau,
Attendant que la soif ferait venir l'oiseau.
Aussitôt que le chaud eut la terre enflammée,
Et que les bois feuillus hérissés de ramée
N'empêchaient que l'ardeur des rayons les plus chauds
Ne vinssent altérer le coeur des animaux,
Ce Merle ouvrant la gorge, et laissant l'aile pendre
Comme maté de soif, en volant vint descendre
Dessus le bord glué, et comme il allongeait
Le col pour s'abreuver (pauvret qui ne songeait
Qu'à prendre son plaisir!) se vit outre coutume
Engluer tout le col et puis toute la plume,
Si bien qu'il ne faisait en lieu de s'envoler
Sinon par-ci par-là sur le bord sauteler.
Incontinent je cours, et prompte lui dérobe
Sa douce liberté, le cachant sous ma robe;
Puis, pliant et nouant une cage d'osier
Et de jonc bien pelé, je le fis prisonnier;
Et fût que le Soleil se plongeât dedans l'onde,
Fût qu'il montrât au jour sa belle tresse blonde,
Fût au plus chaud midi, alors que nos troupeaux
Etaient en remâchant couchés sous les ormeaux,
Si bien je le veillai parlant à son oreille,
Qu'en moins de quinze jours je lui appris merveille,
Et lui fis oublier sa rustique chanson
Pour retenir par coeur mainte belle leçon
Toute pleine d'amour...
Date de création : 06/06/2004 @ 15:08
Dernière modification : 06/06/2004 @ 15:12
Catégorie : La nature
| |
|






|