... Vous, Déesses des bois,
Vous serez mon secours, qui, portant le carquois
Au senestre côté, par plains et par campagnes
Errez la trompe au col; de Diane compagnes.
Sus donc, inspirez-moi! je chante ici vos biens,
Vos épieux, vos filets, vos chasses et vos chiens;
Couvrez la tendre chair de vos grèves divines
Du cuir damasquiné de vos rouges bottines;
Vos cottes agrafez plus haut que le genou;
Que vos molosses fiers soient couplés après vous,
Et que chacune branle en la main la sagette!
J'ois ce me semble, j'ois les vierges de Taigette
Qui m'appellent déjà, et des chiens découplés
J'ois dessus Ménalon les abois redoublés.
Mais avant que d'entrer en la forêt épaisse
De Grage ou d'Erymant, dis, vierge chasseresse,
Dis, Phèbe aux beaux talons, ceux qui ont les premiers
Trouvé l'art de conduire ès forêts les limiers,
Le conseil, le discours et les arts de la chasse.
Soeur jumelle à Phoebus, chante-les-moi de grâce,
Et sitôt qu'entendus je les aurai de toi,
A ceux je les dirai qui viendront après moi,
Eux aux neveux futurs. Nature ingénieuse,
Voyant les coeurs humains d'une paresse oiseuse
S'engourdir lentement, pour les déparesser
S'en vint au mont Pholois à Chiron s'adresser,
Chiron d'en haut mi-homme et depuis la ceinture
Mi-cheval monstrueux, qui par cas d'aventure
La venaison des cerfs en morceaux découpa,
Et le premier de tous à la table en soupa...
Les épieux inventa Méléagre au-pied-vite,
Les toiles et les pans et les rets Hippolyte;
Atalante en chassant, d'un dard qu'elle rua,
Un sanglier la première ès bocages tua;
Orion inventa les meutes et les laisses,
Et l'art de bien brosser par les forêts épaisses;
Puis mille sont venus, lesquels ont augmenté
Le bel art de chasser par les Grecs inventé...
[Les chiens de chasse.]... Ils ont eu connaissance
Des bons et des mauvais, du point de leur naissance;
Ils ont choisi ceux-là dont le mufle est camus,
Les yeux ardents et noirs, le sourcil par-dessus
S'avalant renfrogné, une tête petite,
Une oreille pendante, une gueule dépite,
Les dents comme une scie, un col petit, le dos
Long, large, bien fourni de peau, de chair et d'os,
L'estomac rond et fort, et la jambe derrière
Plus longuette un petit que la jambe première,
La queue déliée, et bref quand tout le corps
Etait ferme planté sur membres beaux et forts.
Puis ils les ont nommés dès leur jeunesse tendre
De noms aigus et courts pour soudain les entendre...
Mais qui est celui-là, eût-il la voix d'airain
Et la langue de fer, qui conterait à plein
Des chasseurs dévoyés les cours et les traverses,
Et les divers plaisirs de leurs chasses diverses?
Celui qui les dirait dirait encore mieux
Tous les flots de l'Egée, et les astres des cieux.
L'un avecque les rets enveloppe une bête,
L'autre à dents de lévrier ensanglante sa quête,
L'un avec le vautrait accule le sangler,
Et l'autre fait les ours aux dogues étrangler;
L'un surprend le putois au piège fait en cerne,
Et l'autre le tesson enfume en sa caverne,
L'un fait une traînée, et pendus à un clou
Enlève par les pieds le renard ou le loup,
L'un tue avec le trait les bêtes en leurs gîtes,
L'autre à la course suit les lièvres aux-pieds-vites,
D'un cheval espagnol poudroyant tous les champs;
L'un prend le cerf à force, et de longs cris tranchants
De trompes et de chiens, et sans défaut le mène
En haletant mourir auprès d'une fontaine;
Puis il pend en trophée à quelque arbre fourchu
Au Dieu Pan forestier le front du cerf branchu.
C'est un plaisir après d'en faire la curée,
Puis s'aller endormir près d'une onde azurée
Dessus l'herbe mollette, ou prendre la fraîcheur
D'un antre tapissé de mousseuse épaisseur...
Quel plaisir est-ce encor de manger ès bocages
Du fromage, et du lait, et des fraises sauvages,
Ou secouer le fruit d'un pommeux arbrisseau,
Ou de perdre la soif dans le prochain ruisseau!...
Mais sur tous les plaisirs de la chasse amiable,
Celle du chien couchant m'est la plus agréable
Pour être solitaire, et me faire penser
Je ne sais quoi qui doit les siècles devancer.
Lequel est digne d'être admiré davantage,
Ou la brutalité du chien qui est si sage,
Ou la dextérité du chasseur inventif
Qui façonne le chien si sage et si craintif?
Vous diriez à le voir et qu'il est raisonnable
Et qu'il a jugement, tant il est admirable
En son métier appris, et accort à fleurer
Les perdrix et les faire en crainte demeurer.
En quatre coups de nez il évente une plaine,
Et guidé de son flair à petits pas se traîne
Le front droit au gibier; puis, la jambe élevant
Et raidissant la queue, et s'allongeant devant
Se tient ferme planté, tant qu'il voie la place
Et le gibier motté couvert de la tirasse.
Date de création : 06/06/2004 @ 15:15
Dernière modification : 06/06/2004 @ 15:15
Catégorie : La nature
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