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Famille



      Je veux, mon cher Paschal, que tu n'ignores point

      D'où, ni qui est celui que les Muses ont joint

      D'un noeud si ferme à toi, afin que des années

      A nos neveux futurs les courses empennées

      Ne cèlent que Paschal et Ronsard n'étaient qu'un,

      Et que tous deux n'avaient qu'un même coeur commun.

      Or, quant à mon ancêtre, il a tiré sa race

      D'où le glacé Danube est voisin de la Thrace.

      Plus bas que la Hongrie, en une froide part,

      Est un seigneur nommé le marquis de Ronsart,

      Riche en villes et gens, riche d'or et de terre;

      Un de ses fils puînés, ardent de voir la guerre,

      Un camp d'autres puînés assembla hasardeux,

      Et, quittant son pays, fait capitaine d'eux,

      Traversa la Hongrie et la basse Allemagne,

      Traversa la Bourgogne et toute la Champagne,

      Et soudart vint servir Philippe de Valois,

      Qui pour lors avait guerre encontre les Anglois.

      Il s'employa si bien au service de France,

      Que le roi lui donna des biens à suffisance,

      Situés près du Loir; puis du tout oubliant

      Frères, père et pays, Français se mariant,

      Engendra les aïeux dont est sorti le père

      Par qui premier je vis cette belle lumière.

      Mon père fut toujours en son vivant ici

      Maître d'hôtel du Roi, et le suivit aussi

      Tant qu'il fut prisonnier, pour son père, en Espagne.

      Faut-il pas qu'un servant son seigneur accompagne,

      Fidèle à sa fortune, et qu'en adversité

      Lui soit autant loyal qu'en sa félicité?

      Du côté maternel j'ai tiré mon lignage

      De ceux de la Trémouille et de ceux de Bouchage,

      De ceux-là des Rouaux et de ceux des Chaudriers,

      Qui furent en leur temps si vertueux guerriers

      Que leur noble prouesse au fait des armes belle

      Reprit sur les Anglais les murs de la Rochelle,

      Où l'un fut si vaillant qu'encores aujourd'hui

      Une rue à son los porte le nom de lui.

      Mais s'il te plaît avoir autant de connaissance

      (Comme de mes aïeux) du jour de ma naissance,

      Sans te tromper ni moi, je dirai vérité

      Et de l'an et du jour de ma nativité.

      L'an que le roi François fut pris devant Pavie,

      Le jour d'un samedi, Dieu me prêta la vie,

      L'onzième de septembre, et presque je me vi

      Tout aussitôt que né de la Parque ravi.

      Je ne fus le premier des enfants de mon père,

      Cinq avant moi longtemps en enfanta ma mère:

      Deux sont morts au berceau; aux trois vivants en rien

      Semblable je ne suis, ni d'état, ni de bien.

      Sitôt que j'eus neuf ans, au collège on me mène:

      Je mis tant seulement un demi-an de peine

      D'apprendre les leçons du régent de Vailly;

      Puis sans rien profiter, du collège sailli,

      Je vins en Avignon, où la puissante armée

      Du roi François était fièrement animée

      Contre Charles d'Autriche, et là je fus donné

      Page au duc d'Orléans; après je fus mené,

      Suivant le roi d'Ecosse, en l'Ecossaise terre,

      Où trente mois je fus et six en Angleterre.

      A mon retour encor page ce duc me print;

      Et guere à l'Ecurie en repos ne me tint

      Qu'il ne me renvoyât en Flandres et Zélande,

      Et encore en Ecosse, où la tempête grande

      Avecque Lassigni cuida faire toucher,

      Poussée aux bords anglais, la nef contre un rocher.

      Plus de trois jours entiers dura cette tempête

      D'eau, de grêle et d'éclairs nous menaçant la tête;

      A la fin, arrivés sans nul danger au port,

      La nef en cent morceaux se rompt contre le bord,

      Nous laissant sur la rade, et point n'y eut de perte,

      Sinon elle qui fut des flots salés couverte,

      Et le bagage épars que le vent secouait,

      Et qui servait flottant aux ondes de jouet.

      D'Ecosse retourné, je fus mis hors de page;

      Et à peine seize ans avaient borné mon âge

      Que, l'an cinq cent quarante, avec Baïf je vins

      En la haute Allemagne, où la langue j'apprins.

      Mais, las! à mon retour, une âpre maladie,

      Par ne sais quel destin, me vint boucher l'ouïe

      Et dure m'accabla d'assommement si lourd

      Qu'encores aujourd'hui j'en reste demi-sourd.

      L'an d'après, en avril, Amour me fit surprendre,

      Suivant la cour à Blois, des beaux yeux de Cassandre.

      Soit le faux nom ou vrai, jamais le temps, vainqueur

      Des amours, n'ôtera ce beau nom de mon coeur.

      Incontinent après, disciple je vins être

      A Paris de Daurat, qui cinq ans fut mon maître,

      En grec et en latin; chez lui premièrement

      Notre ferme amitié prit son commencement,

      Laquelle dans mon âme, à tout jamais, et celle

      De ton ami Durban, sera perpétuelle.




Date de création : 06/06/2004 @ 15:28
Dernière modification : 06/06/2004 @ 15:28
Catégorie : Vers biographiques

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